Sourate Al-Humaza : ce qu’elle apprend à nos enfants sur les moqueries
Tout est parti d’une simple révision d’été.
Nous relisions ensemble la sourate Al-Humaza, une de ces petites sourates que les enfants apprennent tôt, presque machinalement. Et dès le premier verset, je me suis arrêtée. Parce qu’il y a un mot sur lequel je ne voulais surtout pas passer trop vite.
Un seul mot : وَيْلٌ — wayl.
À quelques semaines de la rentrée, je me suis dit que cette sourate était exactement le rappel dont nos enfants avaient besoin.
Wayl : un panneau STOP dès le premier mot
Allah ouvre la sourate par une mise en garde d’une force rare :
« Waylun li-kulli humazatin lumazah »
« Malheur à tout calomniateur, diffamateur. »
Avant même de décrire les moqueries. Avant de parler des critiques, de ceux qui rabaissent et humilient. Le mot d’avertissement arrive en premier.
Wayl n’est pas un mot tiède. Il exprime le malheur, la perdition, le châtiment. Autrement dit, dès la première syllabe, Allah nous fait comprendre : ne prenez jamais cela à la légère.
Et pourtant, combien de fois entend-on, dans une cour d’école ou même à la maison :
- « Mais je rigolais ! »
- « C’était juste une blague… »
- « Tout le monde riait, ça va… »
Ce que nous considérons parfois comme un simple jeu peut être, auprès d’Allah, quelque chose de très grave.
Humaza et lumaza : bien plus que des mots
Les savants expliquent que humaza et lumaza désignent ceux qui dénigrent et rabaissent les autres. Et cela ne passe pas seulement par la parole. Cela passe aussi par des gestes, des attitudes, des regards.
Concrètement, pour un enfant, cela ressemble à ceci :
- se moquer d’un physique ;
- imiter quelqu’un pour faire rire la classe ;
- chercher ses défauts ;
- lui donner un surnom blessant ;
- parler de lui pour casser sa réputation.
Tout cela peut ne durer que quelques secondes. La blessure, elle, peut rester des années.
Les blessures que personne ne voit
Certaines blessures se voient. D’autres, personne ne les remarque.
Un enfant peut continuer à sourire alors qu’une phrase prononcée devant toute la classe l’a profondément humilié. Beaucoup d’adultes se souviennent encore, des dizaines d’années après, d’une moquerie reçue quand ils étaient petits.
Allah, Lui, connaît les cœurs et les blessures invisibles que personne d’autre ne voit. C’est pour cela qu’il est important d’apprendre à nos enfants à craindre l’invocation de celui qu’on a blessé.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Crains l’invocation de l’opprimé, car il n’y a aucun voile entre elle et Allah. » (Muslim)
Une moquerie, une humiliation, une parole répétée chaque jour peuvent devenir une véritable injustice pour celui qui les subit.
C’est la phrase que je veux que mes enfants gardent :
« Mon enfant, ta langue peut faire énormément de bien… mais elle peut aussi blesser profondément. Ne sois surtout jamais la raison pour laquelle quelqu’un, le cœur blessé, se tourne vers Allah pour se plaindre de toi. »
Pourquoi Allah parle-t-Il ensuite de richesse ?
La suite de la sourate surprend souvent les enfants :
« Alladhi jama’a mâlan wa ‘addadah »
« Celui qui amasse une fortune et la compte sans cesse. »
Pourquoi passer des moqueries à l’argent ? Parce que derrière le fait de rabaisser les autres se cache très souvent un sentiment de supériorité.
Chez un enfant, ce sentiment prend des formes très reconnaissables :
- « J’ai de plus belles baskets que toi. »
- « Mes vêtements coûtent plus cher ! »
- « Moi j’ai ça, et toi non. »
- « Tout le monde me connaît ! »
Et le verset suivant enfonce le clou :
« Yahsabu anna mâlahu akhladah »
« Il pense que sa fortune le rendra immortel. »
Dès son plus jeune âge, l’être humain finit par croire que ce qu’il possède lui donne de la valeur ou le met à l’abri. Or ni notre argent, ni notre apparence, ni notre popularité ne nous rendent éternels.
« Mon enfant, ta valeur auprès d’Allah ne dépend ni de tes vêtements, ni de tes affaires, ni de ta popularité. Elle dépend de ta foi et de tes œuvres. »
Et maintenant, la rentrée
Nos enfants viennent de retourner à l’école.
Ils verront peut-être un camarade tomber. Un enfant qui bégaie, ou qui se trompe au tableau. Une tenue différente. Un physique qui ne ressemble pas aux autres. Un enfant seul dans la cour.
Et parfois, il suffit qu’un élève commence à rire pour que toute une classe suive.
C’est précisément là que la sourate devient concrète.
Le vrai courage : être celui qui ne rit pas
Voici ce que je veux transmettre à mes enfants — et ce que vous pouvez leur dire avec vos mots.
Avant de parler de quelqu’un, pose-toi une question : « Est-ce que j’aimerais qu’on dise cela de moi, devant tout le monde ? »
Si un camarade est moqué :
- ne participe pas ;
- ne ris pas juste pour faire comme les autres ;
- ne partage pas la photo ;
- ne transfère pas le message ;
- ne mets pas un « 😂 » sous une vidéo humiliante.
Car aujourd’hui, une moquerie ne s’arrête plus à la cour de récréation. Elle continue dans le groupe de classe, dans les messages, sur les réseaux. Elle est consultable à toute heure, par tout le monde, et elle ne s’efface pas quand la sonnerie retentit.
Le croyant protège. Il n’humilie pas.
Parfois, le vrai courage, c’est simplement d’être celui qui refuse de rire.
La question à emporter
Après cette récitation, je voudrais que mes enfants gardent une seule question, très simple :
« Est-ce que mes paroles font du bien aux autres… ou est-ce qu’elles risquent de leur faire mal ? »
Parce qu’une phrase peut être oubliée en quelques secondes par celui qui l’a prononcée — et rester des années dans le cœur de celui qui l’a reçue.
Alors relisez sourate Al-Humaza avec vos enfants. Et lorsqu’ils prononceront ce tout premier mot — wayl — apprenez-leur à s’arrêter un instant.
Parce qu’Allah nous avertit dès le premier mot : les moqueries et l’humiliation ne sont jamais « juste pour rire ».
Et vous ? Comment abordez-vous la question des moqueries avec vos enfants à la rentrée ? Racontez-nous en commentaire.
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